18 juin au 22 juin: Jours de fête dans les écluses!

Ah, les écluses! Malgré le petit stress que chaque écluse peut engendrer, on aime cette étape. Le bruit sourd des portes qui s’ouvrent. Ces portes qui semblent mener chaque fois vers un nouveau monde. Le travail d’équipe. Le moment d’arrêt où l’on surveille Perla. Nous voir monter ainsi, ou descendre, au côté des rapides. La magie et surtout l’ingéniosité des écluses.

Dimanche, on ne franchit que l’écluse de Troy. Les rafales augmentent à 25-30 nœuds et on préfère s’arrêter au quai gratuit de Waterford vers midi. Le capitaine mérite bien un après-midi de congé en cette journée de la fête des Pères. 

Le lundi puisque des orages violents et des pluies torrentielles sont annoncés, on décide de prendre une journée de répit. Nous avons bien fait! Ça faisait longtemps que nous n’avions pas vu autant de pluie dans une journée!

Mardi, c’est la fête du capitaine. On prend donc le temps de déjeuner en famille avant de partir… mais on en payera le prix toute la journée. Le départ prévu à 7 h se fait plutôt vers 8 h. À notre arrivée à la seconde écluse, l’éclusier nous informe qu’une barge est derrière nous, à 11 minutes, et qu’elle doit passer avant nous. 50 minutes plus tard, on peut enfin faire l’écluse à notre tour. Étrangement, même si nous sommes pratiquement seuls dans le canal, on doit attendre devant chaque porte. Une autre barge nous fait attendre près d’une heure en après-midi. Quelle journée de fête pour le capitaine! Encore une fois, devant les portes de l’Écluse 7, on attend qu’une barge en ressorte. Enfin! C’est à notre tour. Il est 16 h 45 et l’éclusier nous informe que c’est l’heure de la fermeture… Quoi!? Pas le choix. On arrête à Fort Edward. Perla est bien attaché au quai et voilà qu’un gros orage nous tombe dessus! La vie est bien faite. Le soleil est de retour quelques minutes plus tard et on peut manger à l’extérieur pour le souper de fête à Eric. Une autre belle soirée au quai, les filles sont heureuses de pouvoir entrer et sortir du bateau à leur guise, mais comme on aurait aimé avoir des amis avec nous!

Mercredi, on repart sous un beau ciel bleu parsemé de petits nuages blancs.

À l’écluse 8, nous voici au sommet du monde! Non pas exactement, mais au sommet des écluses. Les prochaines seront descendantes, donc plus faciles. (Eh bien, c’est l’avis de notre équipage!) En plus, le courant est avec nous. Dès 13 h, nous sommes au quai de Whitehall. On doit attendre au lendemain pour se rendre à la marina Chipspoint pour le remâtage. On tourne en rond. On est dans un entre-deux qui n’est pas nécessairement agréable. On est près, mais encore loin des gens que l’on aime. On profite tout de même de la belle journée pour se promener, aller au parc, faire un concours d’équilibre sur la tête. Des fois, Eric a de drôles d’idées! La soirée est belle au pied de la montagne.

Jeudi, on réveille Alixia et Charline pour qu’elles viennent faire la dernière écluse avec nous. Elles pourront se recoucher par la suite si elles le souhaitent. Le temps frais, le ciel bleu, les rayons du soleil qui commencent à nous réchauffer. Perla avance doucement vers cette dernière écluse. J’attrape une première corde que Charline va donner à Eric, une seconde qu’Alixia prend, tout en jetant un œil au mât pour qu’il ne touche pas le mur. Charline et moi, gaffe à la main, on s’assure que Perla ne touche pas au mur. La porte se ferme derrière Perla. Nous y voici. À l’opposé de ce que nous avions vécu en août dernier, alors qu’il s’agissait de notre première écluse à vie : fin de journée, fatigue, ciel gris, on criait et on était comme des poules pas de tête.

Alors que l’eau commence à descendre, mon regard se dirige vers l’éclusier, le même que l’an dernier. Peut-il se souvenir de nous? Sûrement pas, mais si c’était le cas, il nous trouverait bien différents.

Au fond, nous ne sommes pas différents, mais pas tout à fait les mêmes. Nous n’avons pas changé, mais nous sommes transformés.

Le bruit sourd, les portes s’ouvrent lentement. Nous voici à nouveau au même niveau que le lac Champlain. Les cordes sont lâchées, Perla sort de cette dernière écluse en douceur. Il fait beau, si beau! Les montagnes nous entourent, un chevreuil nous souhaite la bienvenue, les aigles nous guettent. On rentre à la maison ou plutôt on revient chez nous. En anglais, ils ont le mot home. Le lac incarne davantage notre maison que celle avec des murs et un toit. Notre maison, c’est Perla.

Sur l’eau, il se passe quelque chose d’étrange. Notre bateau devient nous et vice versa. Les gens n’ont plus de nom de famille, à peine de prénom. Nous sommes Perla. Comme nous avons rencontré Milou, Joyride, Alkemi, Le caboteur, Thalasso, Ma bulle, Anglezarke, Bonaparte, Panamax, Vagabond55, Neméa, Luciole, La Smala, No agenda, Northbound, One life, Charlotte, Joy Sea, Exode, Slowdance, Destiny 4 us, Voil'acté, et bien d’autres… Nous ne faisons qu’un, notre bateau est bien plus qu’une demeure, il nous complète, nous protège, nous offre les bonheurs les plus grands et aussi parfois des moments plus difficiles. Il est témoin de bien des conflits, mais aussi de nombreux rires complices.   Il sera difficile de s’en séparer. Heureusement, on a le coeur rempli de merveilles!


Cynthia

Bonne fête des pères au meilleur des papas!


Waterford





En navigation, une autre écluse nous attend... ou on attend pour une autre écluse!


Fort Edward, un quai, le soleil, l'eau qui brille...
et un orage qui approche!

Avant l'orage...


Bonne fête capitaine!


Une autre écluse!

Passerons-nous sous ce pont?! Eh oui!!


Douce Whitehall...



Des fleurs, une fille qui tient sur la tête et un château dans la montagne...
que dire d'autre?!


Dernière écluse! Snif!

Le canal Champlain et ses beautés... Le lac approche!



15 juin au 17 juin : C’est déjà l’heure du démâtage!

Jeudi, vers 10 h 30, on réussit à sortir de la marina du Boat Bassin sans accrocher aucun quai, ni aucun autre bateau. C’est qu’il n’y a pas vraiment de place pour manœuvrer ici… Heureusement, on a un peu d’aide du bateau voisin, des Hollandais qui eux aussi avaient une année sur l’eau… Eux aussi rentrent à la maison, la seule différence c’est qu’ils traversent l’océan alors que nous, on emprunte la rivière Hudson. Légère différence!

Voilà que Perla tourne déjà le dos à New York. Il me semble que c’était hier que nous avions vu la ville apparaitre au loin. Cette image demeure longtemps. Plus de deux heures à voir la ville qui rapetisse et pâlit doucement. Deux heures à voir l’image sur laquelle il semble être écrit The End. Personne parle, tout le monde est perdu dans ses pensées.

Après quelques heures à avoir le cœur en peine, les montagnes nous entourent. On avait presque oublié à quel point nous avions aimé cette section de la rivière Hudson. Et on se souvient également tout d’un coup que nous aimons tellement les montagnes. C’est beau, c’est beau! La rivière sinueuse se fraie un chemin à travers les falaises, les montagnes. Il y a tant de beauté, partout! Le bonheur revient.

On espère pouvoir jeter l’ancre à côté du château de Polepell, les vents annoncés sont nuls… mais avec des rafales à 25 nœuds. Bizarre. On avance près du château alors que le vent augmente soudainement. Ah… non. Nous ne dormirons pas bien ici. On passe notre tour encore une fois pour une nuit au château! On jette l’ancre quelques milles plus loin, sans grande protection des vents du sud-est, mais au moins, nous avons amplement d’espace si le vent tourbillonne. Nous sommes bien contents de notre choix, car en effet, le vent passe de 2 nœuds à 30 nœuds en quelques secondes. Ça sera ainsi toute la nuit. Le sommeil sera donc entrecoupé au rythme du vent. 

Vendredi, on repart au petit matin, enveloppé dans un ciel gris. Les filles jouent, Eric et moi ne sommes pas très bavards. En fin de journée, comme c’est le calme plat, on met l’ancre juste avant l’entrée de la petite crique pour Catskill. Pendant que je prépare le souper, Eric enlève le génois avec Alixia et Charline. Eh, oui, on est déjà rendu là. Ce n’est pas croyable. La nuit est d’un calme absolu.

Samedi, dès 7 h du matin, Eric et moi terminons les derniers préparatifs. Il fait toujours aussi gris, mais un gris paisible… On enlève la grand-voile et la plions avec amour, enlevons la bome. On est prêt à se rendre à la marina Hop O Nose. La journée est longue. On attend, car les employés ont un diner. Vers 14 h, le mat est soulevé et puis couché sur Perla. On attache solidement le tout, Eric termine pendant que je cours (vraiment!) au Walmart avec Daphné pour acheter des fruits et des légumes. Le soleil se décide à sortir et l’on repart vers 16 h de la marina. Il vente, des petits voiliers s’amusent et nous… nous n’avons plus le vent dans les voiles. Et surtout une boule dans la gorge.

L’ancre est mise 5 milles plus loin derrière une petite ile. On soupe rapidement. Une musique d’un petit resto parvient jusqu’à nous et remue bien des émotions. On se rappelle avoir passé ici avec nos amis sur Milou qui eux sont actuellement dans le canal de Panama. Le temps passe tellement vite. Nous sommes heureux de pouvoir en profiter autant. Mais ce soir, nous avons bien le droit de verser quelques larmes.

Un mat couché sur un bateau signifie le début d’une belle aventure. Nous les avons tellement admirés ces bateaux durant nos premiers étés sur le lac Champlain. Ces navires qui partaient vers un autre plan d’eau. Nous étions stressés, mais excités lors du démâtage à la marina Gaines en août 2015. C’était à notre tour de partir quelques mois plus tard! Cette fois-ci, le mat couché signifie la fin de notre périple. Et c’est bien aussi. Cela offre une autre perspective et permet d’apprécier chaque moment. La fin nous rapproche de nos familles et amis qui nous manquent! Elle nous permet aussi de pouvoir penser, rêver à un autre départ…

Cynthia




Au départ de New York!



Sur la rivière Hudson!



La rivière Hudson et, au loin, le château de Polepell


C'est l'heure du démâtage!





13 et 14 juin : New York!

Mardi, 13 juin, on se réveille au quai de la marina du Boat bassin. Ça brasse, même ici! Il n’y a pas de protection des vagues et au changement de marée, il se produit un drôle de tourbillon. Tous les bateaux balancent de gauche à droite et c’est un véritable défi de marcher sur les quais! Mais, on est à New York!

À 9 h, toute la famille est prête à partir à travers la ville. C’est vraiment agréable de repasser une deuxième fois aux mêmes endroits. On ne perd pas de temps à chercher où aller. Une dizaine de minutes de marche sur la 79e avenue et nous voilà dans Central Park.

 On se traine les pieds et on s’amuse avec les jeux d’eaux (plutôt les arrosoirs pour les arbres, fleurs et gazon). On est loin des Exumas avec cette eau qui est lancée un peu partout. L’eau en abondance totale. Vraiment?!

Il fait excessivement chaud, on fait donc de nombreuses petites pauses. C’est si agréable dans ce gigantesque parc.

Nous n’avons pas de grand objectif pour ce second passage à New York. En août dernier, nous avions eu 5 journées très remplies et nous avions vu tout ce que nous souhaitions voir. Alixia et Charline ont lu par la suite Juliette à New York et il y avait deux endroits où nous n’étions pas allés : La gare Centrale et la Bibliothèque publique. Après avoir diné dans Central Park, on se dirige vers ces deux endroits qui sont situés à quelques coins de rue l’un de l’autre. 

Tout d’abord, on entre dans la magnifique gare aussi appelée Grand Central Terminal. On est surtout heureux de se sauver de la chaleur! Il s’agit de la gare qui possède le plus de quais au monde : 44 au total. Le lieu est impressionnant, on ne sait plus trop où regarder : le hall, les lustres majestueux, les constellations au plafond… Et on a vraiment l’impression d’être beaucoup trop lents pour tous ces gens pressés. Il y a un décalage. On se rend aux murs des murmures situés juste à côté du restaurant Oyster Bar. On se place chacun dans un coin et notre voix voyage comme par magie. Il n’y a pas que nous qui souhaitons profiter de cette étrangeté architecturale alors on laisse rapidement notre place. 

On se dirige par la suite vers la bibliothèque publique de New York. Quel endroit! Ok, j’ai vraiment un faible pour les bibliothèques, mes filles apprécient (j’espère!) la beauté de l’endroit, mais ont surtout hâte de se rendre sur Times Square. On prend quand même le temps de faire le tour des différentes salles, toutes plus impressionnantes les unes que les autres avec ses peintures au mur et au plafond, ses chandeliers, ses livres, ses manuscrits…

Et après la bibliothèque, où allons-nous?! Sur Times Square! Mes filles qui aiment tant les plages désertes, vraiment désertes, apprécient aussi la cohue de Times Square! On s’assoit dans les marches brûlantes  et on observe le flot de publicités qui nous entoure. Un bain de stimulus extrême! 

On retourne au magasin Hershey, l’endroit préféré de Daphné et Florane à New York, et enfin on s’éloigne un peu pour aller chercher notre pizza à 99 cents! On retourne dans Central Park pour pique-niquer avec notre boite de pizza!

Est-ce que nos filles ont encore un peu d’énergie pour aller voir un opéra de Cendrillon au Bryant Park, adjacent à la bibliothèque? Secrètement, j’aimerais même qu’elles en aient assez pour aller dans la nouvelle tour du World Trade Center. Une journée à New York, ce n’est pas assez… même quand on a peu d’objectifs…

On profite du spectacle de Cendrillon, premier opéra pour mes filles qui conservent leur intérêt jusqu’à la fin. Mais ensuite, il est bien temps qu’on revienne à la marina. Petit tour de métro, 5 minutes de marche et on peut déjà prendre une bonne douche après cette chaude journée. 

22 h, les filles sont dans leur lit et nous sommes au quai… On en profite, Eric et moi, pour aller marcher en amoureux sur le bord de l’eau. Ils sont rares ces moments en tête à tête. Ça nous permet de discuter sans être interrompus. Repartons-nous déjà le lendemain matin? Nous n’avons pas l’habitude de mettre autant d’argent pour une marina… nous n’avons pas l’habitude tout court d’aller dans des marinas. L’option de retourner s’ancrer n’est pas vraiment une option. Nous avons eu notre leçon et nous n’avons pas envie de retenter le sort.  

On aurait préféré avoir un mooring comme en août dernier, mais on apprécie vraiment cette soirée, cette facilité d’aller se promener sans se soucier des vagues de la rivière Hudson, de pouvoir laisser nos filles seules sur Perla qui attend sagement au quai. Tout ça, au fond, ça n’a pas de prix…

Mercredi, on se lève en ayant en tête que nous partons au moment de l’étale, soit vers 10 h. On est tous au ralenti et mon cœur n’a pas envie de partir déjà. L’observatoire de la tour One me trotte toujours dans la tête. J’ai l’impression qu’une porte ne sera pas fermée si on clôt notre voyage ainsi. Car oui, il reste une semaine ou deux, mais on sait que la fin se passe ici. Après hésitation, on se dit que ça n’a pas de sens de payer une autre nuit de marina, mais... on reste quand même!

On se repose en avant-midi et on repart en exploration en après-midi. On fait un arrêt dans le quartier chinois pour manger des dumplings pendant que Florane et Daphné s’amusent dans un petit parc. On se rend jusqu’à The Battery en faisant un arrêt au célèbre Taureau du quartier des affaires. Il semble que toucher ses testicules apporte prospérité… on n’a rien à perdre, même nos filles nous suivent! Ah, les gens de bateaux… ils font faire de drôles de choses à leurs enfants!

Le temps passe tranquillement au parc The Battery pendant qu’on observe de loin la statue de la Liberté. On attend qu'il  soit 20 h, car à cette heure, l’ascension de la tour One World Trade Center est moitié prix et lorsque l’on est une famille de 6, l’impact est significatif! 

On retraverse Ground Zero, un si bel endroit à la mémoire des gens qui ont perdu la vie dans l’effondrement des tours jumelles. On profite du calme du lieu avant de monter à l’observatoire de One World Trade Center. On est surpris de voir l’efficacité et la rapidité à laquelle on traverse la sécurité. On est déjà dans l’ascenseur et on monte en quelques secondes les 102 étages. Ah! Nos oreilles!

La vue est magnifique. Nous avons droit à la ville sous la lumière du jour, au coucher du soleil et à la luminosité de la nuit. Tout ça en l’espace d’une heure! Le timing est bon. On apprécie tous ce moment. Mais là, les filles sont vidées… et il faut revenir! Une réglisse offre une bonne motivation jusqu’au métro!

À 22 h, on prend quelques minutes pour s’assoir au Boat Bassin. Ce lieu… On savoure le moment.

Et vite, tout le monde au lit! Pour une fois, les filles sont contentes de savoir que nous naviguerons toute la journée du lendemain. Elles n’auront pas besoin de marcher! Eric et moi restons un peu à l’extérieur pour profiter du lieu. Ah! New York… le début et la fin.

Cynthia

La marina de la 79ème avenue avec le Boat bassin derrière.

Une pause dans Central Park

Notre endroit préféré à Central Park.


À la Gare Centrale

La bibliothèque publique de New York
La bibliothèque 

Times Square!!


Le taureau du quartier des affaires.


La vue du haut de la tour
One World Grade Center



Il reste encore un petit peu d'énergie!


Un dernier arrêt au Boat Bassin...


11 juin : Une plongée dans la rivière Hudson à New York… ou comment tenter de déprendre sa chaine qui est coincée 22 pieds sous l’eau.

Lundi matin, le soleil est toujours au rendez-vous. Perla navigue vers New York. Quelques heures plus tard, on salue la grande dame… La statue de la Liberté. On reparle de ce concept si précieux : la liberté.

Il y a beaucoup moins de petits bateaux qu’en août dernier, mais les traversiers nous font des vagues immenses. On ne s’y éternise pas! New York est si belle en ce lundi matin, comme on est chanceux de la voir de notre bateau!

Le courant nous pousse et à midi, nous sommes déjà rendus! On tourne autour des bateaux qui sont déjà ancrés, tous sur une seule ancre. On analyse bien l’endroit, les profondeurs. On opte pour la place juste derrière le dernier mooring. L’ancre est mise et testée, et retestée. Ça tient très bien.

Ouf, on est plutôt bien. Peut-être même mieux qu’au mooring… on est plus loin du trafic des nombreux bateaux, on devrait donc se faire brasser un peu moins par les grosses vagues. On avait prévu rester sur le bateau jusqu’au lendemain, mais puisqu’on est plus tôt que prévu et qu’il fait si chaud, on décide de préparer nos sacs pour aller à terre. L’étale arrive. Eric qui connait bien son ancre et sa chaine voit vite que quelque chose cloche.

— Pars le moteur, on va relever l’ancre.

Je m’exécute, je sais très bien dans ces moments-là que ce n’est pas le temps de poser des questions.

Rien à faire, l’ancre ne remonte pas. La chaine est coincée dans le fond de l’eau. Mauvaise nouvelle. On cherche les wetsuits et kit de plongée. Eric plonge dans cette eau brune. Je ne suis pas trop rassurée. On est ancrée dans 22 pieds d’eau… c’est beaucoup.

Après quelques plongées, Eric confirme que la chaine est coincée dans une branche, mais avec une visibilité nulle et à 22 pieds sous l’eau, il n’est pas capable de la déprendre. Le courant repart de plus belle. Il n’est plus question de plonger. Eric tente de déprendre la chaine en se promenant avec le dinghy, mais il n’y a rien à faire. Il faudra attendre la prochaine étale, à 19 h ou demain matin. Mais en attendant, on fait quoi? Rien! On attend. Il est hors de question de laisser Perla dans cette situation. Quand on est préoccupé, on dirait qu’on ne peut plus vivre. En plus, la chaleur nous fait suffoquer. Florane et moi avons de la misère à respirer. On attend que le temps passe…

Vers 16 h, le vent du sud se lève. Il nous pousse dans un sens alors que le courant est inverse. On avance vers l’autre voilier qui est beaucoup trop proche. Nous devrions être à environ 100 pieds de lui, mais comme notre chaine est coincée (mais pas la sienne!) une trentaine de pieds nous séparent… Et avec le vent, nous nous approchons de plus en plus, nous sommes presque côte à côte… je ris jaune en disant au gentil monsieur que nous pourrions souper ensemble! Les défenses sont installées, Alixia est au poste avec sa gaffe. Ce n’est vraiment pas agréable comme moment. Eric m’informe qu’il se prépare à larguer notre ancre si c’est nécessaire. Il va mettre une défense au bout du câblot relié à la chaine. Il reviendrait alors demain la chercher ou on engagerait un plongeur… mon ancre, ma rocna… Je n’ai pas envie de l’abandonner ici. Et le vent qui s’en mêle et qui augmente jusqu’à 25 nœuds.

Un autre voilier chasse (c’est-à-dire que son ancre ne tient plus dans le fond de l’eau) et se dirige vers nous. Le capitaine qui se réveille ne comprend pas trop ce qui se passe. Il ne trouve plus son ancre. Nous, on voit clairement que son câblot tire sous son bateau… soit qu’il est pris dans sa quille ou dans son hélice. Le Summum (C’est le nom du bateau, pas ce que l’on ressent) nous cogne, passe entre nous et l’autre voilier. Je suis certaine qu’il a coupé notre câblot… si c’est le cas… on ne reverra plus jamais notre ancre. Je suis à la barre et je surveille où s’en va Perla. Le vent, le courant… ah, un vrai cauchemar… Moi qui voulais être relaxe à New York… je suis servie!

Merci mon dieu, le câblot se tend à nouveau, il n’y a rien de brisé. L’étale arrive. On demande à nos filles de faire de la visualisation… On se place perpendiculaire au sens du courant habituel. Notre chaine doit se déprendre. Elle va se déprendre. J’avance doucement pendant qu’Eric tire sur la chaine. Voilà, j’entends le bruit qui me rassure, la chaine monte enfin… et l’ancre aussi! Yahoo!!!

Pas question qu’on retourne s’ancrer. On appelle à la marina. On pourra s’y rendre dans un peu moins d’une heure, il faut attendre que la marée monte puisqu’il n’y a que 4 pieds d’eau à l’entrée.

À 20 h 30, on est au quai avec tous nos morceaux! On a tous le droit à une bonne douche! On traverse le resto du Boat Bassin simplement pour le plaisir, car on aime tellement cet endroit. On marche un peu dans la rue et on revient sur Perla pour un repos bien mérité.

New York, nous voilà!

Cynthia

PS : Eric a donc un drôle de palmarès : après avoir plongée dans l’eau brune de l’ancrage de Cape May pour tenter de retrouver en vain notre éolienne, il a plongé dans l’eau brune de Daytona Beach pour déprendre un câble de crab pot et enfin, voilà qu’il plonge dans la rivière Hudson à New York. Après les eaux bleues des Bahamas, il pourra se vanter d’avoir plongé dans les eaux les plus brunes!!








Heureux d'être à terre à New York avec notre Rocna!

10 au 12 juin : Réflexion à Sandy Hook – Atlantic Highland

L’ancre est mise, que faisons-nous ici? C’est un endroit parfait pour attendre sa fenêtre météo pour une sortie en mer, mais sinon, il n’y a pas grand-chose. On se rappelle que le but d’être ici, c’est de se reposer. Ce qu’Eric fait sans problème. Pour ma part, comme à l’habitude, je suis incapable de dormir avec les rayons du soleil.

Les filles se lèvent : « Ah, ce n’est pas New York, ça? » Elles savaient qu’il était possible qu’on s’y rende directement. Eh, non, ce n’est pas New York. Elles déjeunent et jouent tranquillement. J’en profite pour écrire dans le calme du matin.

Il fait beau et très chaud. Mais sur l’eau, c’est toujours tolérable. Eric se lève pour le diner et on reparle des différentes options pour aller à New York sans notre boule de mooring de la 79e avenue. Ça nous déprime un peu… passer 3 nuits à New York au mooring coûte moins de 100$, alors qu’une seule nuit à la marna en coûte 130$ US.Peut-être devrions-nous simplement continuer notre route?! Mais, il y a nos attentes, en plus de celles de nos filles…. Ça fait beaucoup trop de déceptions à gérer. New York, c’est le dernier arrêt excitant qui vient clore notre année sur l’eau. Est-ce qu’on peut revenir sans y faire une halte?

On analyse les diverses options qui s’offrent à nous, au-delà des marinas :

Les moorings du côté de Brooklyn à 40 $. Il faut toutefois marcher 30 minutes pour se rendre au métro et faire ensuite environ 50 minutes de métro pour se rendre sur Times Squares.

Les moorings au cœur du quartier des affaires à 75 $. Mais on dit que les vagues sont épouvantables étant donné le trafic maritime et en plus, chaque boule est peu espacée, pas l’idéal pour les voiliers de 40 pieds.

Un ancrage du côté de Sandy hook (Great Kill Harbor). Il faut payer un frais minime pour laisser le dinghy à la marina et ensuite prendre l’autobus vers New York.

Je tourne ça dans ma tête de tous les sens… Je connais mes filles, le 30 minutes de marche pour revenir à notre voilier en fin de journée risque d’être pénible pour Daphné et Florane… À 17 h, non, mais vers 22 h, oui. Et l’idée d’être à New York, c’est justement de profiter des belles soirées. On élimine vite également les moorings du quartier des affaires. Il reste l’ancrage, mais plus j’y pense, plus je n’ai pas envie de faire une heure et plus d’autobus, de risquer d’être coincé dans la circulation… alors qu’il fait 40 degrés. On tourne en rond. Et on ne voit pas de solution. Avec la fatigue, ça n’aide pas.

Il faut bouger un peu, marcher. On connait le coin et ça, ça fait du bien! Je pars avec Alixia et Charline à l’épicerie. On a envie de manger une salade césar au poulet pour le souper. Rien de plus simple aux États-Unis. On marche 20-30 minutes pour se rendre à l’épicerie où l’on trouve bien sûr tout ce dont nous avons besoin. On rejoint Eric, Florane et Daphné qui admirent les belles voitures. En ce beau samedi, il y a un événement spécial à Atlantic Highland : voitures anciennes et musiques. Les filles sont rouges comme des tomates tellement il fait chaud. C’est plutôt étrange de penser que deux jours plus tôt, on avait nos tuques et nos gants sur la plage de Cape May…

De retour sur Perla, on soupe en regardant New York au loin. Est-ce qu’on part demain? Finalement, non. Ça ne donne rien de se presser, on annonce encore une autre journée très chaude et de fortes rafales. Patience. On va vite au lit, on a bien des heures de sommeil à récupérer.

Je me réveille tôt en ce chaud dimanche. La nuit ne m’a pas donné de réponses précises pour New York… mais mon cœur me redit encore et toujours qu’il faut retourner à la 79e avenue. On voulait flâner à New York… et flâner ne s’accorde pas avec une heure de métro ou d’autobus… Je ressors le livre de Luc Bernuy et comme je me rappelais l’avoir lu, il s’ancrait près des moorings. Il indique même que les gens s’y ancrent depuis toujours. Je consulte d’autres guides qui me confirment tous la même chose. J’ai toutefois en tête nos amis de Ma Bulle qui ont eu une mauvaise expérience à l’ancre au tout début de leur voyage. Je n’en connais toutefois pas les détails. Peut-être qu’on peut se rendre à l’ancrage et voir rendu là. Si nous n’y sommes pas à l’aise, nous prendrons une nuit de marina… on resterait alors moins longtemps à New York, mais au moins on serait à l’endroit où l’on veut être.

Tout est déjà analysé lorsqu’Eric se lève. Il est d’accord avec ma réflexion. On partira lundi alors que les vents devraient diminuer.

On profite du dimanche en allant dans un parc pour le bonheur de Daphné et Florane. L’après-midi se déroule sur une petite plage à regarder l’eau brune… on laisse faire la baignade malgré la chaleur. Les filles trouvent du sea glass et en sont bien heureuses! On ne s’éternise pas sur ce sable et on revient sur Perla.

En soirée, on retourne se promener sur la terre ferme. On avance doucement sur le très long quai, c’est beau ici et si calme en soirée! Au fond, cet arrêt était nécessaire pour qu’on se pose doucement. On tourne autour de quelques navires sur leur ber qui attendent leur prochain long voyage…

Et l’on revient sur Perla en admirant encore une fois New York au loin. Daphné et Florane nous demandent de dormir à l’extérieur. Pourquoi pas? La nuit est si belle. Chaleur et aucun moustique. New York disparait au fur et à mesure que la marée baisse. (C’est que nous sommes derrière un mur de roches alors selon le niveau de la marée on voit New York au loin ou non!)

La fin approche, on le sait, on le sent.

Cynthia

Les filles sont rouges-roses comme la voiture!


Atlantic Highland



9 et 10 juin : Cape May – Sandy Hook : un dernier moment sur l’océan

Est-ce que je suis triste que mon père me demande au téléphone, en ce matin du 10 juin, alors que nous venons de nous ancrer à Sandy Hook? Triste, non. Est-ce que les larmes ont coulé durant cette dernière chevauchée de l’océan? Parfois. Il est difficile d’identifier le sentiment que l’on ressent Eric et moi après cette dernière sortie en mer. Émus, nostalgiques, heureux, fiers.

À Cape May, le 9 juin, debout à 5 heures du matin, les bateaux tout autour de nous se préparent à partir. Le ciel se couvre de rose, avant que les premiers rayons du soleil viennent nous réchauffer. La journée sera parfaite, je le sens, je le sais, je l’espère.

Après le déjeuner, on lève l’ancre et on part en direction du inlet. Ça brasse comme toujours, mais comme on est préparé psychologiquement, c’est toujours moins pire! La mer est belle, le ciel est bleu, enfin! Aucun nuage à l’horizon. Toutefois, le vent nous fait défaut. Nos voiles ballotent se demandant bien qu’elle est leur rôle. On s’en doutait, la mer est bien formée étant donné les vents des derniers jours. La houle est grosse, elle nous rappelle notre sortie en mer entre Eleuthera et les Abacos… notre pire sortie en mer! Mais, puisque la houle n’est pas de travers, ça devrait être plus supportable. Il est toutefois difficile de rester à l’intérieur du bateau.

Heureusement, le beau temps nous permet de tous être dans le cockpit. On chante, on joue aux dames, aux échecs. Même Charline, la plus sensible habituellement, prend la barre. Comme elle a cheminé notre petite Charline. « Oh… elle est vraiment grosse cette vague. » Elle la regarde, alors qu’avant elle aurait détourné le regard et qu’elle en aurait eu peur. Il faut le vivre pour bien le comprendre. L’océan est comme une plaine mouvante.  Certains endroits se creusent, d’autres se gonflent. Parfois, on est dans un creux, parfois au sommet. L’eau bouge en douceur, mais tout est en mouvement constant. Tout comme notre estomac… Les filles s’amusent et ne se plaignent pas. On dirait que pour cette dernière sortie en mer, tous les éléments se placent. Daphné avait même préparé une liste de choses à faire pour ne pas me demander 50 fois : « Qu’est-ce que je peux faire? ». Bien sûr, le soleil fait toute la différence.

La journée se passe lentement, en espérant toujours pouvoir éteindre le moteur, mais non. Vers 16 h, la houle tourne à l’est, nous l’avons donc de travers… et ce qui devait arriver arriva! Alixia est malade! Pourtant ce n’est pas elle qui est fragile normalement. 3 fois, plutôt qu’une, pauvre Ali.

Heureusement, comme il l’était annoncé, quelques heures plus tard, la houle arrive du sud, donc de l’arrière, ce qui est beaucoup plus confortable. Un vent léger nous permet d’avancer à 3-4 nœuds. On éteint enfin le moteur. Comme ça fait du bien. Les filles écoutent un film pour faire passer le temps. Pour une dernière fois, pour ce voyage, on voit le soleil qui se couche sur l’océan. Quelques minutes plus tard, une lune toute rose se lève, la lune des fraises, parait-il. Une lune spéciale pour faire plaisir aux Perles de Perla et aussi pour souligner les 10 ans de Charline! Comme nous allons nous ennuyer de ces spectacles.

La nuit s’installe tranquillement.

Durant ces longues heures à la barre, on a le temps de réfléchir, de revivre notre année dans notre tête, de voir le chemin parcouru, de revivre certains moments, être surpris que certains souvenirs oubliés remontent à la surface. On se rappelle « avant » et les questions associées : pourquoi partir un an, pourquoi vouloir voyager sur un voilier alors qu’on n’a aucune expérience. Avec 4 enfants? Et l’école? En effet, pourquoi? À cette question, aucune réponse rationnelle. Un désir, simplement qui sommeille en moi depuis toujours, celui de partir en voyage pour au moins un an. Un désir pour Eric de partir sur un voilier. Puisque nous sommes un couple et que nous rêvons ensemble, nos rêves se sont combinés pour n’en faire qu’un : partir en voyage sur un voilier pour un an. Au-delà des questionnements, des apprentissages, des craintes, des peurs, nous avons conservé le cap. New York était la première étape à atteindre et voilà que nous y revenons remplis de gratitude envers la vie pour tout ce que nous avons vécu depuis que nous l’avons quitté en août dernier.

La nuit est parfaite, quoique froide. La lune est pleine, le vent se décide à souffler pour nous faire avancer à 5-6 nœuds. Je suis heureuse que mes filles aient envie de barrer durant un moment de la nuit. Elles ont compris. Parfois, ce qui est difficile et qui demande un effort nous fait vivre un moment unique qui n’est pas offert à tous.

Malgré la fatigue et le froid, elles barrent durant un moment avec Eric ou moi. Alixia, comme lors de la plupart des traversées, dort à l’extérieur. Charline sort de son chaud cocon à minuit pour venir passer une heure à la barre avec moi. Qu’y a t-il de si magique? Il ne se passe rien : le vent gonfle nos voiles, fait glisser Perla à 3-4 nœuds, parfois plus. C’est même un peu ennuyant. Mes yeux brûle tellement je suis fatiguée. Mais la magie se passe exactement lorsqu’il ne se passe rien. Dans ce vide total, nous comprenons que nous sommes privilégiés d’être dans cette immensité qu’est la mer, d’y flotter sur notre bateau, notre maison. La pleine lune nous éclaire, des nuages la recouvrent par moment, créant dans le ciel une toile magnifique. Le froid finit par traverser mes 4 épaisseurs. Je réveille Eric pour pouvoir aller me réchauffer et dormir aussi un peu.

Déjà 5 h. Le ciel orangé m’incite à sortir à l’extérieur. Ce dernier spectacle, on le partage seulement en amoureux. Pendant que nos 4 filles dorment, on se prend en photo avec notre dernier lever du soleil sur l’océan. On pense à Jean-Denis et Louise de Néméa qui ont partagé sur Facebook le même genre de photo d’eux quelques jours plus tôt. Un regard fatigué, mais rempli de reconnaissance et de bonheur!

Les rayons du soleil se reflètent sur New York… et New York nous attire comme un aimant. Nous avions prévu aller dormir une bonne nuit à Sandy Hook avant d’aller nous faire brasser au mooring de la 79e avenue… mais tout est si beau et parfait. Le courant est avec nous. Pourquoi ne pas y aller tout de suite?! On prend un cap vers New York pendant qu’Eric appelle pour s’assurer qu’il y a des moorings de libres. Déception. On nous dit que les moorings ne sont pas disponibles, car ils en font l’entretien… non disponibles pour une période indéterminée. Ah non! Toute la famille souhaite passer quelques jours à New York, et les moorings de la 79e avenue offrent la meilleure porte d’entrée au meilleur prix.
Je prends la décision de changer de cap, alors qu’Eric préférerait que l’on continue notre chemin. On passe de l’excitation de voir apparaitre New York, de constater tout le chemin parcouru... à la déception totale de ne plus être certains du tout de pouvoir retourner dans cette ville. C’est aussi ça la vie... on passe d’un extrême à l’autre... On va dormir à Sandy Hook et l’on prendra, on l’espère, une décision éclairée par la suite.

Cynthia

Un dernier matin à l'ancrage de Cape May

Jeu en mer.

Ah, la houle...

Un dernier coucher de soleil en mer.

On est loin des écrans géants... mais on est sur l'océan.




Daphné à la barre la nuit.




Fatigués, mais heureux. (Ok, on cache le lever du soleil, mais nous, on le sait qu'il est derrière nous!)